Alors que la Journée internationale de l’Environnement s’est déroulée le 5 juin dernier, où en sont les engagements des entreprises ? Anne Désérable, Directrice de Quantis France, cabinet de conseil international en développement durable, nous explique pourquoi conduire une politique environnementale ambitieuse est un gage d’avenir.
- En quoi l’engagement environnemental devient-il un prérequis au sein des entreprises ?
Trois sortes de pression sont exercées aujourd’hui sur l’entreprise. Pour commencer, une tendance s’accélère au niveau des régulateurs nationaux et européens pour encourager la mise en place d’actions en faveur de l’environnement.
Les cadres législatifs actuels restent parfois timides mais des avancées existent et de plus en plus de lois adoptent une logique coercitive. Bientôt, les entreprises qui continuent d’émettre des quantités importantes de CO2 sans chercher à réduire leur empreinte carbone seront contraintes financièrement. L’hypothèse probable, c’est l’instauration prochaine d’un vrai marché du carbone associé à un système pollueurs-payeurs.
La deuxième pression est exercée par la société civile. De plus en plus de citoyens-consommateurs exigent des entreprises qu’elles répondent aux défis environnementaux de notre époque et s’engagent sérieusement pour atteindre la neutralité carbone.
Enfin, la troisième pression est celle imposée par les collaborateurs au sein même de l’entreprise. Les salariés recherchent du sens dans leur métier et les organisations pour lesquelles ils travaillent. Les entreprises ne peuvent pas faire la sourde oreille devant leurs préoccupations, au risque de se couper de nombreux talents.
- À quels risques le manque d’engagement expose-t-il justement les entreprises ?
Outre les contraintes financières, le risque le plus important à court terme est de se priver d’un vivier très important de collaborateurs qualifiés. Au-delà de la pression exercée en interne, les jeunes générations qui constituent les futurs travailleurs sont extrêmement attentives aux engagements des entreprises.
Depuis 2018, plus de 30 000 étudiants français, dont beaucoup sont issus de grandes écoles de commerce et d’ingénieurs, ont par exemple signé le Manifeste pour un Réveil Écologique. Ils y affirment leur détermination à ne rejoindre que les entreprises qui placeront les logiques écologiques au cœur de leur organisation et de leurs activités. Ils n’hésitent pas non plus à désigner les politiques environnementales de certains secteurs et entreprises qu’ils jugent incohérentes ou insuffisantes.
- Quels sont les sujets dont les entreprises doivent donc se saisir rapidement ?
L’engagement environnemental des entreprises est progressivement passé de la mise en place d’actions internes (remplacement des bouteilles en plastique par des gourdes, réduction de l’utilisation de papier, etc.), avec derrière une portée très limitée, à la mesure d’impact, au travers de bilans carbone, et la définition d’objectifs toujours plus ambitieux.
Au-delà des améliorations incrémentales sur les modèles de distribution, les consommations énergétiques ou les emballages, il devient important de repenser les business models pour aligner l’activité de ces entreprises avec les limites planétaires, ces 9 grands équilibres qui garantissent la stabilité du système Terre : le changement climatique, que l’on connaît à présent bien, mais aussi les pertes de biodiversité, l’usage des sols, l’acidification des océans, la pollution chimique, etc. Les entreprises doivent s’y intéresser et construire leur stratégie environnementale de façon globale. Il est temps aujourd’hui de passer pleinement à l’action.