Ecogestes : la touche Phi-Link

Pour Phi-Link, un déménagement d’entreprise est souvent l’occasion de remettre les compteurs à zéro en termes de mobilier. Au fil des années et des achats sporadiques, l’ameublement est en effet souvent devenu disparate. Chaises et bureaux dépareillés n’offrent plus d’identité et les disparités peuvent même devenir source de tension et de jalousies entre collègues.

Pour Solenn Moustié et Boris Vilain, la démarche s’accompagne d’une réelle réflexion, à la fois économique et écologique, sur le recyclage des chaises et autres bureaux usagés. « Les clients sont de plus en plus sensibles aux propositions d’éco-gestes » remarque Solenn Moustié. « Ils s’inquiètent de plus en plus souvent des solutions de valorisation du mobilier usagé s’ils achètent du neuf. »

L’ameublement constitue en effet un gisement de déchets considérable… et méconnu.

Les volumes concernés donnent le tournis : chaque année, on estime ainsi qu’environ 1,7 million de tonnes de produits mobiliers arrivent en fin de vie, soit 26 kg par habitant. Pour les entreprises, le vieux mobilier mis à la benne chaque année représente quelque 250 000 tonnes selon le fabricant de mobilier circulaire Bluedigo.

En France, la filière française de gestion de ces déchets est organisée depuis 2013. Les offres de recyclage se sont ainsi diversifiées avec plus de 7500 fabricants ou importateurs ayant choisi de s’organiser collectivement pour répondre au défi. Une table et quatre chaises en bois d’occasion représenteraient ainsi35 kg d’équivalent CO2 économisés par rapport au neuf !

Mais « les entreprises sont en général peu au courant des possibilités », malgré un positionnement gagnant en termes d’image RSE auprès des collaborateurs.

Un cas d’école : « l’opération bureaux usagers » rondement menée par Phi-Link avec Carglass, qui devait remplacer 300 bureaux et tables, 600 chaises et 500 armoires. Phi-Link a travaillé une démarche en plusieurs étapes. La première, la vente directe aux collaborateurs, a eu un succès fou. « Bureaux ou armoires sont partis comme des petits pains, souvent pour être utilisés comme stockage dans un garage, une cave ou dans la maison de campagne » raconte Solenn. L’opération ne pouvant légalement être gratuite, le mobilier a été proposé à la vente à des prix allant de 5 à 50 € pour les pièces les plus chères. Pour les ordinateurs, seuls les écrans ont pu faire l’objet d’une vente.

Tout ce qui n’a pas été acheté par les collaborateurs a été proposé à des associations, des écoles, des préfectures, des mairies ou des associations de réinsertion à même de retaper un mobilier un peu abîmé. Seul l’irréparable – 1 à 3% du matériel – a été détruit. L’entreprise a pu récolter quelque 5 000€, « le but n’est pas de faire du profit, l’objectif est surtout de ne pas jeter. » A l’occasion d’un projet similaire porté par Phi-Link pour la CCI France il y a quelques années, le gain s’est même élevé à 50 000 €.

Le recyclage peut également s’appliquer à un produit d’aménagement que beaucoup destinent habituellement à la déchetterie : la moquette. Phi-Link a ainsi identifié des fabricants qui proposent de récupérer l’ancienne moquette pour lui offrir une seconde vie, et ce pour un surcoût de 3 € seulement le m².

La palette des éco-gestes proposée par Phi-Link s’élargit d’année en année. Elle inclut notamment la gestion des matériaux émetteurs de COV : la plupart des peintures contiennent en effet du MIT (méthylisothiazolinone), un conservateur très allergisant, auquel 2 à 4% de la population est sensible selon une enquête de 60 millions de consommateurs. Autres éco-possibilités : la colorimétrie claire des murs et sols pour diminuer la chaleur, la réduction de la consommation d’eau (un salarié du tertiaire consomment en moyenne 40 litres d’eau par jour), la détection de présence pour diminuer l’éclairage inutile.

Formée en aménagement du territoire et développement durable, Solenn Moustié est en quête constante des derniers développements dans le domaine de l’immobilier responsable. Suivi de conférences, lecture de rapports de recherche, la cofondatrice de Phi-Link est à l’affut des dernières technologies permettant d’alléger l’empreinte carbone de l’entreprise. « A l’instar des pays du nord de l’Europe, de plus en plus de labels écoresponsables sortent sur le marché en France. » Une offre encore amenée à s’élargir : l’obligation environnementale (maîtrise des coûts, des émissions de GES ou de composés organiques volatils) étant de plus en plus souvent incluse dans l’annexe verte des baux de plus de 3 000 m².


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