Généralisation du télétravail, recrutements en baisse, hausse des risques psycho-sociaux, … Les impacts de la pandémie de Covid-19 sur la vie des salariés sont nombreux. Mais qu’en est-il plus particulièrement des femmes ? En cette journée internationale des droits des femmes, nous avons posé la question à Eléa Bardeau, consultante formatrice au sein du Groupe Egaé, une agence de conseil et de formation experte – notamment – de l’égalité entre les femmes et les hommes.
Un an après le début du premier confinement, quelle analyse faites-vous de l’impact de la crise sanitaire sur le travail des femmes ?
Nous commençons tout juste à recevoir les données qui concernent le premier confinement. Qu’il s’agisse de l’INSEE ou des instituts de sondage, il ressort qu’au sein des couples hétérosexuels, les femmes ont souvent pris en charge la réalisation des tâches ménagères et la gestion des enfants dans la journée en plus de leur emploi. Les hommes se sont davantage investis auprès des enfants et des tâches domestiques, mais pas dans les mêmes proportions. Il n’y a pas eu de correction des déséquilibres préexistants, or la répartition des tâches au sein du foyer est cruciale pour la gestion du quotidien. C’est elle qui conditionne l’organisation de la journée, et par exemple la possibilité d’être concentrée sur son travail sur des plages horaires plus ou moins longues. Même si les enfants sont retournés à l’école depuis, la situation ne semble pas avoir beaucoup évolué.
Quelles conséquences cette situation a-t-elle sur le travail des femmes ?
Avec des doubles, voire des triples journées à gérer, la santé physique et mentale des femmes a été durement impactée. On note aussi un stress intense et une fatigue avancée car certaines travaillent en soiree pour compenser le temps passé avec leurs enfants. Cela entraîne de vraies conséquences sur la place même des cadres dirigeantes : certaines réduisent leur temps de travail ou vont vers des métiers moins chronophages. Le fait que les femmes soient plus souvent interrompues par leurs enfants entraîne aussi une baisse d’investissement dans les réunions en visioconférence : les femmes prennent moins la parole, ou moins longtemps par peur d’être dérangées. On sait pourtant qu’avant de confier un projet ou une nouvelle responsabilité à quelqu’un, sa visibilité et le fait qu’il ou elle contribue au collectif sont fortement pris en considération. Il y a donc un vrai risque de retour en arrière sur la présence des femmes à des postes à responsabilités.
Comment l’employeur peut-il agir ?
L’employeur n’a pas la main sur ce qu’il se passe au sein du foyer, mais il peut adapter le management de sa structure, organiser un suivi de ses collaboratrices et collaborateurs, s’assurer qu’ils vont bien et insister sur le droit à la déconnexion. La mise en place par l’employeur de règles collectives sur les horaires de (non) disponibilité vis-à-vis de celui-ci, identiques pour tous et toutes, pour inciter à ne pas travailler en dehors malgré d’éventuelles contraintes familiales est nécessaire. Cette prise de position améliore vraiment la qualité de vie en dehors du travail : on coupe pour mieux reprendre le lendemain et on limite ainsi les risques de problèmes de santé et le syndrome d’épuisement professionnel.