Masques, distanciation sociale… La pandémie, en condamnant temporairement le bon vieux face à face, a perturbé les moments clés d’une carrière : salons annulés, déjeuners impossibles… Comment continuer à réseauter, une pratique indispensable dans la vie professionnelle ? En se mettant au virtuel certes, mais comment ? En période d’incertitude et d’anxiété, la mise en lien est devenue plus nécessaire que jamais. Mais elle doit obéir à certaines règles pour faire de ces temps difficiles un révélateur du savoir être et de qualités humaines qui s’avéreront de plus en plus nécessaires et valorisées. « Nous assistons à l’émergence d’une véritable nouvelle culture, aux codes réinventés, que l’on créée tous en ce moment » selon Éric Le Gendre spécialiste du networking efficace, auteur du guide « Jamais sans mon réseau ».
Premier constat : le réseautage n’est pas mort avec le coronavirus.
Dès le premier confinement de mars 2020, les outils ont fleuri pour pallier l’enfermement contraint dans l’espace privé. « Le confinement a accéléré la numérisation des entreprises, même dans l’immobilier » analyse Karine Mahieux, coach en stratégies numériques et marketing digital. Les outils de visioconférence existaient déjà auparavant mais leur utilisation a connu une véritable explosion : Zoom, Facebook et ses « salles » de moins de 50 personnes, Google Meet ou Microsoft Teams etc. Les sites qui proposaient des activités en personne (comme Eventbrite, Meetup ou encore Ten Thousand Coffees) se sont également adaptés en passant aux réunions virtuelles. « Ils ont vu qu’il y avait réel engouement, une appropriation par les foyers. Et cela va perdurer au-delà de la pandémie ».
Deuxième constat : place aux plus agiles
En invitant l’espace privé dans la vie professionnelle, le réseautage virtuel permet de mettre en valeur l’agilité de ceux qui parviennent à naviguer avec aisance entre les deux mondes. Pour Eric Le Gendre, cette agilité intuitive sera même un pré requis du « monde de l’après ». « Pour les recrutements, la visio ne fait pas tout. Le téléphone a ainsi repris ses lettres de noblesse. Je connais des RH ou des chasseurs de tête qui travaillent beaucoup au téléphone. On entend beaucoup de choses dans les changements de ton, les silences ».
Il préconise ainsi « d ’inventer une nouvelle combinatoire des différents médias, mails, sms, Signal, téléphone… » : une souplesse adaptative qui serait le reflet d’un nouveau « savoir-vivre » au travail.
Dans ce contexte, l’art du personal branding devient un atout. Une démarche qui passe d’abord par une certaine élégance visuelle bannissant le laisser aller : tenue inadaptée, fond d’écran impersonnel « un cache-misère » selon Karine Mahieux, où chambre et salon mal rangés peuvent donner une piètre image aux interlocuteurs virtuels.
Mais attention aux limites de l’exercice : cette « injonction à la visibilité » peut-être aussi « mal vécue par les salariés les moins bien lotis » analyse un article du magazine Marianne, qui attire l’attention sur le fait que l’indiscrétion inhérente à la réunionite virtuelle peut faire éclater au grand jour les différences sociales en révélant les différences d’intérieur avec son N+1. Le télétravail annule ainsi « l’effet lissant » sur le plan social d’une journée de travail dans le lieu partagé et neutre qu’est l’entreprise.
Les qualités humaines au premier plan
Ceux qui savent gérer les événements avec une certaine élégance morale seront remarqués. Positivité, compassion, humanité… autant de qualités qui seront appréciées à leur juste valeur. Et là, il n’existe pas de mode d’emploi, mais une bonne dose de psychologie et de bon sens pour ne pas se disqualifier.
Pour Karine Mahieux, la base, « c’est d’être toujours positif, c’est très important. En situation sanitaire on doit être dans l’empathie car on ne sait jamais ce qu’ont vécu les gens derrière leur écran. Il faut donc éviter de partager contenus anxiogènes. Éviter également les sujets polémiques, ils n’auront aucun bénéfice pour votre image et vous risquez le mauvais buzz. »
Penser à « l’après »
Le meilleur moyen de redémarrer en trombe dans le « monde d’après » est de s’assurer de la vitalité de son réseau. Il est conseillé de s’astreindre à une discipline virtuelle pour continuer à l’étendre. L’erreur fréquente consiste à se contenter de son réseau déjà existant, ou de ne l’agrandir qu’avec des personnes aux profils semblables. Mais pour Noah Askin, professeur de comportement des organisations à l’Insead, un réseau homogène est considéré comme « fermé » et reste pauvre en informations nouvelles et stimulantes. Le mieux est de travailler à constituer un réseau dit « ouvert », c’est à dire composé de liens forts et de liens faibles, avec qui l’on interagit que l’une ou deux fois par an. L’idéal est ainsi de faire preuve de sa curiosité et de son agilité en agissant en connecteur entre deux communautés qui gagneraient à tisser des liens. Pour travailler l’ouverture de son réseau, Éric Le Gendre s’astreint ainsi à appeler 3 ou 4 personnes qu’il ne connait pas tous les jours. L’hygiène d’une nouvelle vie…