Réseau professionnel et pandémie : La difficile adéquation

Construire son réseau en pleine pandémie ? Un sacré casse-tête d’après les salariés. Qu’ils soient jeunes diplômés ou cadres supérieurs, ces professionnels des secteurs de la banque, de la culture ou des nouvelles technologies font face aux contraintes imposées par la distanciation sociale. Alors que tous attendent avec impatience le retour à la vie normale, ils analysent l’année qui vient de s’écouler. 

Adel, auditeur interne au sein d’une grande banque intégrée un mois seulement avant le premier confinement

« Nous avons été mis en télétravail intégral avant même l’annonce des mesures gouvernementales. En réalité, le confinement a eu peu d’impact sur les relations au sein du service. Au contraire, même. Avec l’outil visio Teams, nous multiplions les échanges : points d’équipe, points individuels, cafés virtuels, etc. La moyenne d’âge au sein de l’équipe est de 28 ans, les gens sont habitués aux nouvelles technologies et n’ont aucune difficulté à s’en saisir. En revanche, ce mode de communication a un impact considérable sur notre productivité. Aujourd’hui, 60% de mes journées consistent à parler avec la dizaine de collaborateurs que j’encadre. Les sujets sont souvent professionnels mais pas seulement : certains ont envie de parler, ont besoin de connaître la stratégie de notre entreprise. Prendre ce temps est essentiel pour maintenir l’esprit d’équipe et le sentiment d’appartenance à un collectif. C’est d’autant plus important que notre direction communique très peu sur notre avenir.

Au niveau du réseau professionnel plus large, tout est évidemment à l’arrêt. Avec la fermeture des restaurants et l’impossibilité d’avoir une vraie vie d’entreprise, le réseau constitué dans le passé comme le réseau en interne sont réduits à néant. Après un an d’entreprise, je devrais connaître 30 ou 40 personnes au-delà des gens de mon équipe, là j’en connais 2 dans une boite qui en compte 5 000. Pour le moment, je suis donc en mode survie : j’essaie de préserver la motivation de mes collaborateurs, de limiter le nombre de démissions et d’attendre que la période s’achève pour relancer la machine au plus vite. »

Juliette, responsable de la communication pour une entreprise de la tech, entrée en fonction 6 semaines avant le confinement

« Je travaille dans une entreprise internationale avec des collègues situés aux Etats-Unis, au Brésil, en Allemagne, au Japon, etc. Les interactions virtuelles ne posent pas de problème, tout le monde y est habitué et s’en arrange bien. En revanche, il a fallu se débrouiller pour maintenir les échanges du plateau qui ont disparu avec le télétravail. C’était d’autant plus important pour moi que j’intégrais tout juste dans l’entreprise et que je suis seule à gérer mon poste en France (mon N+1 est basé à l’étranger).

En outre, mon travail implique de gérer les relations presse de l’entreprise. C’est en rencontrant des journalistes que je construis mon réseau, mais là tout est bloqué : les journalistes n’aiment pas beaucoup les conférences visio et tout se passe par téléphone. Dans ces conditions, difficile de vendre mon produit et de créer une relation qui ne soit pas trop froide et commerciale. Idem pour mes échanges avec l’agence de communication qui m’accompagne. Les réunions virtuelles créent beaucoup de distance, impossible de susciter les connivences avec telle ou telle personne, d’échanger un clin d’œil pour signifier qu’on se comprend. Nous sommes dans une relation client-prestataire un peu dure.

Malgré tout, le télétravail confiné m’a permis de me consacrer pleinement à ce nouveau boulot qui me plaît. J’ai travaillé beaucoup, plus que je ne l’aurais fait en temps normal parce que j’avais tout à prouver, mais cela m’a permis de voir l’année filer. Et puis certes, nos relations sont essentiellement virtuelles, mais elles restent très incarnées et, finalement, je trouve ça encourageant. »

Anita, stagiaire 6 mois au sein d’un grand musée parisien à partir du mois de juillet :

« Heureusement que j’ai passé les 4 premiers mois de mon stage au sein du musée. J’ai pu rencontrer la plupart des équipes, même si tout le monde pratiquait le télétravail plusieurs jours par semaine. Seules les personnes vulnérables ne sont jamais venues sur site. Bien sûr, cette distance a compliqué les choses pour moi qui avais besoin d’être accompagnée pour comprendre le fonctionnement et les enjeux du musée. Très souvent, j’avais des questions à poser à des personnes qui n’étaient pas sur place et ça n’est pas évident de décrocher son téléphone pour de simples questions de stagiaires. Malgré tout, j’ai pu profiter de la cantine et des échanges informels avec des stagiaires et des collaborateurs d’autres départements. Je suis d’ailleurs toujours en lien avec certains d’entre eux.

C’est finalement l’annonce du second confinement qui a été dure à vivre. Je me suis retrouvée seule dans la chambre de mon foyer, avec plusieurs réunions hebdomadaires pour faire le point sur les dossiers mais finalement très peu de choses à faire. Mes responsables ne savaient sans doute plus trop quoi me confier et je me suis sentie franchement inutile par moments. Quand on est sur place, les gens vous incluent, vous expliquent les choses. A distance, tous les échanges personnels ont disparu, il ne s’agissait plus que de travail lors des réunions téléphoniques. Même mon pot de départ s’est fait en réunion Zoom. Tout le monde a été sympa, une cagnotte a été créée, mais par la force des choses, l’événement était assez froid. Aujourd’hui, je vais tout faire pour entretenir ces premiers contacts avec le monde professionnel : en utilisant LinkedIn et en tenant mes responsables de stage informés de la suite de mon parcours… mais j’espère surtout que je serai entourée lors de mon prochain stage ! »


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