Pour les entreprises, le confinement a un impact important sur la gestion des collaborateurs, au niveau individuel comme collectif. Comment le management peut-il continuer de jouer son rôle à distance ? Comment pallier le manque d’interactions physiques ? Laure Gaertner, sociologue du travail, donne des clés pour mieux appréhender cette situation inédite.
« Au sein d’une entreprise, une équipe est un groupe social qui partage des valeurs communes et poursuit des buts communs. Aujourd’hui, certaines dimensions du fonctionnement collectif sont nécessairement remises en question par le confinement et le respect des gestes barrières. La vie sociale et la coopération au travail, en particulier physique, s’en trouvent bouleversées. Il y a un risque de fragilisation de la coopération, l’un des fondements du travail.
Dans ce contexte, les employeurs doivent veiller à bien considérer les nouvelles conditions dans lesquelles leurs collaborateurs exercent leur activité. Télétravailler de chez soi ne signifie pas la même chose que travailler en coprésence sur un lieu partagé – en openspace par exemple. Là, les gens sont souvent confinés avec des enfants, un conjoint ou des proches qui, eux aussi, ont un emploi qu’ils exercent à distance.
N’oublions pas que le télétravail est positif lorsque les conditions matérielles du travailleur sont satisfaisantes : un lieu pour s’isoler, une connexion internet et un réseau téléphonique qui fonctionnent, etc. Une certaine autonomie dans son organisation est également nécessaire. Les supérieurs hiérarchiques doivent à la fois déléguer et donner des consignes claires : les objectifs et les moyens de les atteindre doivent être connus et acceptés.
Il faut bien comprendre que la situation risque d’accroître les tensions qui existaient parfois déjà sur le lieu de travail. Les managers doivent donc être d’autant plus vigilants et créer les meilleures conditions de travail possible. Comment ? En évitant par exemple de donner une charge de travail élevée ou d’imposer du travail en urgence. En outre, certaines tâches, comme démarcher de nouveaux clients, ont temporairement perdu de leur sens. Le contexte empêche d’avoir les mêmes exigences qu’habituellement et rappeler aux salariés leur responsabilité dans la bonne marche de l’entreprise constitue une pression susceptible de créer du stress supplémentaire. Si ces méthodes d’encadrement devraient déjà être limitées au maximum en temps normal, elles sont aujourd’hui à éviter absolument. »