C’est un paradoxe : en 2016, le verbe « siester » a fait son entrée dans les dictionnaires, mais notre temps de sommeil n’a jamais été aussi court. En deux générations, la durée quotidienne de sommeil a diminué d’1h30.
Quel rapport avec l’entreprise ? Il est direct : selon l’Institut national du sommeil et de la vigilance, un Français sur cinq a tendance à siester, en cachette, au travail. Alors, pourquoi ne pas faire comme les Japonais, les Chinois ou les Espagnols : piquer un roupillon de manière très officielle et si possible dans un lieu dédié à cette activité ?
Timidement, la « siesteria » commence à séduire quelques entreprises. Des grandes et moins grandes. Renault a aménagé une salle de sieste dernier-cri pour son site du Plessis-Robinson, dans les Hauts-de-Seine. Les 1.200 salariés du site peuvent accéder à sept cabines pour une sieste de 20 minutes, dans un vrai lit et un choix de luminosités. En un an, la fréquentation est passée de 40 personnes par jour en moyenne à 60. Le siège de Danone France met aussi à disposition une salle de sieste. D’autres entreprises, plus modestes, s’y sont également mises. La plupart du temps, une salle de 10 m² avec trois poufs et une lumière tamisée peut suffire… Pour plus de confort, la start-up Siestoune a conçu un meuble spécial -Jacques-. Fermé, il fait office de meuble d’exposition. Ouvert, il se transforme en une bulle de silence.
Les arguments en faveur de la sieste au travail paraissent imparables. C’est -encore !- une étude de la Nasa qui l’avance : la sieste augmente la productivité au travail de 35%. C’est d’une évidence toute arithmétique : « Si les employés somnolent 1h30, c’est 1h30 de perdue. Alors que 20 minutes de sieste permettent de gagner une heure de vigilance » nous explique le Dr Joëlle Adrien, neurobiologiste et Présidente de l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance.
Pourtant, patrons et même employés français restent très réticents à la pratique. Selon une étude d’OpinionWay de 2016, seulement 12% des responsables seraient ouverts à la pratique de la sieste et 26% des actifs seulement l’auraient déjà pratiquée en entreprise ! La sieste restant, à tort, un objet de tabou associé à la paresse.
« Cela fait 20 ans que nous intervenons en entreprise pour expliquer que c’est une bonne idée » se désole le Dr Adrien. « Mais la salle de sieste est difficile à mettre en œuvre pour des raisons pratiques et éthiques ». Souvent, les salariés sont les premiers à préférer ne pas dormir et rentrer une demi-heure plus tôt chez eux… ».
Le côté organisationnel n’est pas la moindre des difficultés : qui va profiter de la salle de repos ? A quelle heure ? Comment siester à côté de son N+1 ? Tout un apprentissage et une réflexion à mettre en place en amont…