Plaidoyer pour le non

Comment être plus productif, innovant et créatif en entreprise ? Apprendre à dire non ! Alors qu’enchaîner les grosses journées, sauter les déjeuners, cumuler les dossiers est devenu la norme au nom de la sacro-sainte productivité, l’injonction peut sembler paradoxale. Mais pas tant que cela finalement.

Quelques conseils de Catherine Oberlé, psychologue et coach

Dire non au travail n’est jamais facile. Peur de déplaire, sentiment de culpabilité vis-à-vis de la hiérarchie et des collègues : toutes les raisons sont bonnes pour dire « oui » à une nouvelle tâche.  Quand bien même tout le monde est conscient qu’entre les ressources dont nous disposons (le temps d’abord !) et cet objectif à atteindre, il existe un fossé existentiel…et ça, ça  crée du stress. Si en plus, l’on est identifiée comme la personne qui ne rechigne jamais, grâce à une haute conscience professionnelle… le danger du surmenage peut guetter.

« Les relations étant souvent dans le donnant donnant, on a toujours peur de se mettre en porte à faux envers les collègues » explique Catherine Oberlé. Le problème est particulièrement aigu chez les femmes, selon la psychologue. Les préjugés de genre voulant, selon elle, qu’une femme soit accueillante alors que l’énergie masculine permettait « d’oser et de frapper du poing sur la table ». Mais il existe aussi un autre type de collaborateurs ne sachant pas dire non : « ceux qui sont proches du burn out et dans un état de sidération ».

Et si cette peur de dire non était héritée de clichés dignes du 20ème siècle ? Et si refuser était un acte de modernité, de responsabilité, à valoriser ? La preuve d’une capacité à gérer sa charge de travail ?

Dans certaines situations, refuser une mission peut en effet être la meilleure solution, à la fois pour soi-même et pour l’entreprise. Apprendre à dire non au bon moment et avec respect, peut même aider dans une carrière.

Première étape : comprendre que savoir dire non est une qualité. Dire « non » n’est pas un gros mot dans le cadre professionnel, à condition de savoir quand et comment le dire. La démarche commence d’ailleurs à se répandre. « Cela fait 3- 4 ans que je suis de plus en plus sollicitée sur cette thématique en tant que psychologue et coach. » analyse Catherine Oberlé. « C’est incroyable de retrouver les mêmes mécanismes chez les autres quand je me revois moi-même en bon petit soldat dans ma vie d’avant » raconte-t-elle.

Pour elle, dire non est un art. Et pour bien dire non, il faut d’abord bien se connaître. « Est ce que cela respecte mon code personnel » ? « Si je dis oui quelles conséquences cela va-t-il avoir » ?  « Suis-je prêt à en assumer les conséquences »?

Mais il faut aussi que les managers apprennent à entendre un non constructif, à ne pas l’interpréter comme une résistance. Car faire face à un collaborateur qui dit non, c’est être sûr, quand il dit oui, d’avoir la garantie d’un projet mené à bien.

Alors le mieux est d’apprendre à poser un non « tranquille et pas hystérique ou conflictuel. ». Ou dire non en apportant la solution alternative. En fait, c’est l’apprentissage d’une vie…


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